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Publié : 22 avril 2014

Première énigme - Solution

Première énigme - La voix d’un poilu

Écoutez attentivement le témoignage de M. Louis Laurent, un poilu de Crozon-sur-Vauvre (près d’Aigurande, dans le sud de l’Indre). Puis, en vous aidant de la transcription du témoignage, répondez aux questions suivantes :

- Quand et comment Louis Laurent apprend-il la déclaration de guerre contre l’Allemagne ?
- Que désigne-t-il sous le nom de « poilus » ? Quelle est l’origine de ce nom ?
- Que désigne-t-il sous le nom de « boyaux » ?
- Louis Laurent subit de nombreux bombardements pendant les combats auxquels il participe. Il parle de « minen », de « flammenwerfer », de « torpille », « d’obus toxique » : de quoi s’agit-il ?
- Parmi l’équipement du soldat, Louis Laurent parle de « bouteillon » : qu’est-ce qu’un « bouteillon » et à quoi servait-il ?
- Étudier maintenant la carrière militaire de Louis Laurent en essayant de relier les lieux où il a combattu avec les grandes batailles de la guerre de 1914-1918 :

  • à quelle grande bataille participe-t-il en août-septembre 1916 ?
  • à quelle grande bataille participe-t-il en novembre-décembre 1916 ?
  • à quelle grande bataille participe-t-il en avril 1917 ?
  • Quel est l’état d’esprit des « poilus » en avril-mai 1917 selon Louis Laurent ? Que s’est-il alors passé en plusieurs endroits dans l’armée française ?
  • dans quel secteur se trouve-t-il ensuite de juin 1917 à février 1918 ?
  • à quelle grande bataille participe-t-il en mars 1918 ?
  • quand les combats prennent-ils fin ? Où se trouve-t-il à ce moment-là ? Pourquoi ?
  • jusqu’à quand reste-t-il au service de l’armée ? Où se trouve-t-il alors ?
  • Plusieurs des compagnons de Louis Laurent sont tués près de lui lors des combats auxquels il participe. Rechercher des renseignements concernant le commandant Bouhant : où et quand était-il né ? Quels étaient ses prénoms ? Où et quand a-t-il été tué ?

Les réponses

- Louis Laurent apprend la déclaration de guerre en entendant sonner le tocsin, alors qu’il travaillait à la moisson chez ses parents : « Au moment de la déclaration de guerre, je travaillais comme aide-familial agricole chez mes parents. On commençait la moisson, j’avais 17 ans et 9 mois, on a entendu sonner le tocsin. » En fait, le tocsin sonne dans l’après-midi du 1er août 1914 - un jour de grande chaleur (31°c à Châteauroux), en principe à 16h00, parfois un peu plus tard. La déclaration de guerre de l’Allemagne à la France date du 3 août 1914.

- Le vocabulaire du poilu :

  • « Poilu » : ainsi désigne-t-on les soldats français dès le début de la guerre de 1914-1918. L’origine du terme est plus claire qu’on ne le croit souvent ; il est attesté dans l’argot militaire dès le XIXe siècle, pour désigner un soldat endurant et courageux (ainsi, chez Balzac pour parler des pontonniers de la Bérézina en 1812 dans son roman Le médecin de campagne en 1833). Outre que le poil peut apparaît parfois comme signe de virilité, de courage ou d’expérience, l’usage massif du terme en 1914-1918 tient à plusieurs éléments liés : la difficulté effective, à l’hiver 1914, de se raser, le caractère rudimentaire de la toilette au front, l’obligation pour tout militaire jusqu’en 1917 de porter la moustache, la simplicité de la désignation qui permet aux journaux et à l’arrière de mettre en scène la familiarité et la proximité avec les combattants. Le terme peut être employé dans des sens très différents, d’un combattant à un autre, certains le rejetant tandis que d’autres se l’approprient. Il est fréquent que les officiers l’emploient , dénotant ainsi la distance qui les en séparent des simples soldats. Plus généralement, le terme semble employé indifféremment, comme synonyme de soldat (voir Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2003, p. 89 ; cf http://www.crid1418.org/espace_pedagogique/lexique/LexiqueCRID1418.pdf) ;
  • « Boyau » : un boyau est une voie de communication entre deux lignes de tranchées. C’est par les boyaux que « montent » et « descendent » les unités lors des relèves , non sans problèmes, dus, d’une part, à l’étroitesse du boyau qui peut empêcher les files d’hommes de se croiser et, d’autre part, aux ramifications multiples qui font s’égarer les unités cf http://www.crid1418.org/espace_pedagogique/lexique/LexiqueCRID1418.pdf) ;
  • « Minen/Minenwerfer » : Nom des pièces d’artillerie de tranchée allemande et, par extension, désignation des projectiles qu’elles envoient. Louis Maufrais les évoque ainsi dans ses souvenirs : « Les minen sont des bombes explosives de la forme d’une bouteille de butane un peu arrondie aux deux bouts, lancées sans bruit. Et une fois arrivées en haut de leur trajectoire, elles oscillent, puis guidées par des espèces d’ailerons, tombent verticalement. Quelquefois, n’explosent pas. Et souvent, elles ne tombent pas à l’endroit visé. Elles sont la terreur de nos hommes, dans la tranchée. Ainsi, très rapidement, on a mis sur pied un système de guetteurs qui gardent le regard fixé en l’air. Quand ils en voient une, ils donnent un coup de sifflet, et les gars cessent toute occupation pour se précipiter du côté qui leur semble le moins menacé. Ils s’écroulent les uns sur les autres et, parfois, malheureusement, dans leur affolement, ils se retrouvent en plein dessous. À ces minen, nous répondons par des bombes à ailettes du même genre, tout aussi terribles1 » (Louis Maufrais, J’étais médecin dans les tranchées, 2 août 1914-14 juillet 1919. Présenté par Martine Veillet, Robert Laffont, Paris, 2008, réimpression, Le Livre de Poche, Paris, 2012, p.124) ;
  • « Flammenwerfer » : lance-flamme adopté par l’armée allemande en 1911 et utilisé pour la première fois par celle-ci en février 1915 au bois de Malancourt dans la Meuse. Les Français mirent à leur tour au point un lance-flamme, utilisé pour la première fois lors d’une attaque le 6 juin 1915 à la butte de Vauquois. L’arme était encombrante et difficile d’utilisation, dangereuse pour ses utilisateurs même ;
  • « Torpille » : il ne s’agit pas ici d’un projectile utilisé dans la guerre maritime... mais d’un projectile d’artillerie, en particulier d’artillerie de tranchées, ainsi décrit par Xavier Chaïla : « La torpille est un engin dont la portée varie de 200 à 1000 mètres selon le calibre, et se tire comme un obusier, sous un angle très court. Elle consiste en une mince enveloppe renfermant une énorme charge de mélinite. Elle est de forme allongée et munie d’une queue et d’ailes. La queue seule s’enfonce à l’intérieur de la pièce et repose sur la charge de poudre qui la projette. Les ailes sont pour donner la direction. Chez nous, nous en avions de 18, 40 et 100 kilos. Les Boches en avaient d’un kilo qu’ils lançaient comme des grenades. La torpille marche lentement. En entendant le coup du départ de la pièce, on peut la voir monter presque à angle droit, et on l’entend grâce au bruit particulier que font ses ailes en tournant. En déterminant son point de chute, on peut avoir le temps de se garer. Elle est généralement à fusée retardée et s’enfonce profondément en terre où elle éclate avec un bruit épouvantable et surtout démoralisant en faisant des cratères énormes. Elle est surtout employée pour la destruction des ouvrages, abris ou tranchées. » (C’est à Craonne, sur le plateau... Journal de route 1914-15-16-17-18-19 de Xavier Chaïla, présenté par Sandrine Laspalles, coll. La Mémoire de 14-18 en Languedoc, FAOL, Carcassonne 1997, p. 55-56).
  • « Obus toxique » : Les gaz de combat sont employés pour la première fois sur une grande échelle par l’armée allemande le 22 avril 1915 dans la région d’Ypres ; malgré leur efficacité militaire incertaine, passées les premières utilisations qui provoquent surprise et panique, les attaques au gaz font partie des moments les plus redoutés par les combattants. Cela tient aussi à la pénibilité du masque qu’ils doivent porter ;
  • « Bouteillon ou bouthéon » : marmite militaire de campagne qui fait partie de l’équipement des fantassins, du nom de l’intendant militaire qui l’inventa. La forme « bouteillon » est une déformation fréquente (http://www.crid1418.org/espace_pedagogique/lexique/LexiqueCRID1418.pdf).

- La carrière militaire de Louis Laurent pendant la Grande Guerre :

  • en août-septembre 1916, il participe à la bataille de Verdun (février-décembre 1916), dans le secteur des Éparges ;
  • en novembre-décembre 1916, il participe à la fin de la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916) ;
  • de fin décembre 1916 à mars 1917, il est dans le secteur de la Main de Massiges, à l’extrémité droite du front de Champagne ;
  • en avril 1917, il participe à la bataille des Monts de Champagne, sur le Mont Cornillet (avril-mai 1917), bataille contemporaine et complémentaire de celle du Chemin des Dames (avril-octobre 1917), parfois surnommée « la bataille des géants » (ou de Moronvilliers).
  • l’état d’esprit des poilus en avril-mai 1917 : « Il fait très chaud, les poilus en ont marre, ils rouspètent, enfin on nous a promis qu’on ne montait en ligne que pour 24 heures » ; selon Louis Laurent, les poilus montrent beaucoup de lassitude ; des mutineries éclatent en 1917, en particulier après l’échec de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames, dont les gains ont été seulement tactiques pour un coût humain élevé alors que l’on espérait la percée et la fin de la guerre... Les mutineries débutent à la fin du mois d’avril 1917 et atteignent leur paroxysme en juin. Elles gagnent toutes les armées le long du front pendant 8 semaines et touchent 68 divisions sur les 110 qui composent l’armée française, quelques régiments refusant de monter en ligne. Elles s’accompagnent également de manifestations, notamment dans les gares et trains de permissionnaires, où les soldats crient des slogans : « A bas la guerre ! », « Paix ou révolution » ou chantent l’Internationale. Elles expriment avant tout un réflexe de survie, même si l’influence de la révolution russe et de la propagande pacifiste ont également joué un rôle. Néanmoins, ces mutineries ont surtout consisté en de multiples manifestations de contestation isolées les unes des autres, n’obéissaient pas à un plan d’ensemble et n’ont donc pas débouché sur un mouvement de protestation généralisée ; les premières lignes ont été peu touchées et les soldats sont restés à leur poste. Pour les étouffer, la hiérarchie militaire a adopté des mesures d’apaisement et de répression pour étouffer les mutineries. Pétain, nommé le 15 mai 1917 à la place de Nivelle, suspend les offensives inutiles et s’efforce d’améliorer le sort des poilus en réorganisant le système des permissions ; il met en place une répression rapide des mutins pour faire des exemples ; 554 condamnations à mort sont prononcées et 49 soldats sont exécutés ;
  • de juin 1917 à février 1918, il est dans le secteur de l’Argonne, en Champagne ; c’est la suite de la bataille des Monts de Champagne ;
  • en mars 1918-avril 1918, il participe à la 2e bataille de Picardie (21 mars-5 avril 1918) : les Allemands lancent en Picardie « l’opération Michael » au matin du 21 mars 1918 ; ils percent les lignes britanniques et avancent de plus de 50 km. Alors que les Français refusent d’envoyer une partie de leurs réserves pour colmater la brèche, le général anglais Haig doit faire venir d’urgence des renforts du Royaume-Uni et retirer des divisions d’autres théâtres d’opérations. Le 26 mars, les Alliés se mettent d’accord pour confier au général Foch le commandement unique sur le front occidental ; un de ses premiers actes de commandement est d’employer une partie de ses maigres réserves pour boucher la dangereuse brèche sur la Somme ; c’est ainsi que Louis Laurent arrivent dans ce secteur ; aAu début d’avril, l’offensive Michael est arrêtée dans la région de Montdidier ;
  • de mai à juin 1918, il participe ensuite à la 3e bataille de l’Aisne ; il est probablement fait prisonnier lors de la bataille du Matz (9-13 juin 1918). Le chef d’état major général adjoint de l’armée allemande, Erich Ludendorff, la XVIIIe armée allemande lance une nouvelle offensive afin de réunir les deux saillants occupés lors des précédents assauts dans les secteurs d’Amiens, de l’Aisne et de la Marne (opération Gneisenau) ; elle attaque le long de la rivière Matz (un affluent de l’Oise) dans la direction de Noyon et de Montdidier. Le 9 juin, les Allemands avancent de 8 km, les troupes françaises devant se replier derrière l’Oise et le Matz. C’est sans doute au cours de cette attaque que Louis Laurent est fait prisonnier. L’assaut allemand est arrêté par les contre-attaques françaises le 13 juin 1918.

- Les combats prennent fin le 11 novembre 1918 avec l’armistice signé à Rethondes, en forêt de Compiègne (« le 11e jour du 11e mois à la 11e heure »). Louis Laurent, alors prisonnier, après avoir été interné dans le camp de Nesles (Pas-de-Calais), a été entraîné dans le recul des armées allemandes et se trouve à Namur, en Belgique, au moment de l’Armistice.

- Il reste au service de l’armée jusqu’en septembre 1919 : « le 14 novembre, les Allemands nous libéraient ; ils nous ont [fait] accompagner par quelques uhlans à cheval et nous, on était à pieds jusqu’à Charleroi. Nous avons continué de marcher jusqu’à Bavay (dans le Nord) où nous avons trouvé des troupes anglaises qui poursuivaient leur avance. Des camions nous ont emmenés jusqu’à Cambrai, puis dans un centre de rapatriement dans l’Oise où un train nous emmena à Tours. Dans cette dernière ville, on nous donna une permission d’un mois pour rejoindre ensuite la caserne Bertrand à Châteauroux. J’avais maigri pendant ma captivité ; je ne pesais plus que 55 kilos. À Châteauroux, j’entrai au service du vaguemestre pour remplacer celui qui était démobilisé et j’y suis resté jusqu’en septembre 1919 où l’on m’a démobilisé. »

- Léon-Eugène Bouhant, commandant au 13e régiment d’infanterie, est né le 16 février 1874 à Dôle (dans le Jura) ; il est tué en combat aux Éparges (Meuse) le 14 août 1916. Site à consulter :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=24&titre=morts-pour-la-france-de-la-premiere-guerre-mondiale