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Publié : 22 avril 2014

Cinquième énigme - Solution

Cinquième énigme - La chambre noire

  • Indice visuel 1 : Des soldats et leurs pères photographiés par Jenny de Vasson, 1914-1918

« Ma haine pour l’Allemagne s’est éteinte brusquement le jour de la déclaration de guerre. C’était secrètement la plus vive passion de mon être depuis l’éveil de ma conscience. Tous mes actes en relevaient. Il ne m’est jamais venu un être entre les mains que je ne pense sans relâche à le préparer à faire plus que son devoir, et j’avais pour cela l’habileté que donne seul l’instinct et la passion. C’était une chose paisible, constante, et le premier des devoirs ».

Voilà ce que j’ai écrit sur un de mes cahiers en 1916, moi qui suis née à La Châtre en 1872 dans une famille aristocratique, républicaine, anticléricale et dreyfusarde. Comment remplir son devoir quand on est une femme dans un pays en guerre ? Alors, avec la chambre noire (un « détective » ?) que j’avais acquise en 1899 et qui m’avait accompagnée lors de mes nombreux voyages en France et en Europe, j’ai, pendant les quatre années de la guerre, alors que je vivais dans l’abbaye de Varennes avec ma famille, fixé les portraits des jeunes hommes qui partaient au front et ceux de leurs familles. Telle a été ma façon de participer, dans la mesure de mes moyens, à l’effort de guerre...

- Quels sont mon prénom et mon nom ?
- Que signifie « anticléricale » ? « dreyfusarde » ?
- Dans quelle commune est située l’abbaye de Varennes ?
- Qu’est-ce que la « chambre noire (un détective ?) » que j’ai utilisée depuis 1899 ?
- Quelle a été mon activité entre 1914 et 1918 ? Quel était mon but et en quoi ai-je ainsi participé à l’effort de guerre ?
- Dans quel domaine artistique suis-je aujourd’hui devenue célèbre ?

Les réponses

- Jenny Girard de Vasson, plus connue sous le nom de Jenny de Vasson, née en 1872 à La Châtre, décédée en 1920 à Varennes (commune de Fougerolles, Indre).

- Anticléricale : personne qui refuse ou se montre très critique envers toute forme de présence ou d’ingérence du clergé, dans l’organisation de la vie publique ; l’anticlérical insiste sur la nécessaire séparation du religieux et du profane, réclame l’indépendance absolue de l’État à l’égard des Églises et postule la liberté de conscience individuelle. Ainsi, convaincue que l’Eglise est un facteur de retard pour le progrès de l’homme et de la société, Jenny de Vasson se dit en totale fraternité avec le message du Christ mais demeure agnostique jusqu’à sa mort ; favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle demande à ne pas avoir d’obsèques religieuses.

- Dreyfusarde : personne partisane de l’innocence de Dreyfus lors de l’affaire Dreyfus (1894-1906).

- L’abbaye de Varennes est une ancienne abbaye cistercienne située sur la commune de Fougerolles (Indre).

- « Chambre noire (un détective ?) » : à l’origine, une chambre noire est un instrument optique ; un un objectif permet d’obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, c’est-à-dire d’obtenir une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine. Elle est utilisée par les peintres jusqu’à la découverte de procédés permettant la fixation de l’image et l’invention de la photographie ; Nicéphore Niepce réalise ainsi le premier cliché en 1826 (ou 1827). Un appareil photographique se compose au moins d’une chambre noire ; d’un côté, une ouverture fait entrer la lumière émise par la scène à photographier, de l’autre, une surface sensible enregistre cette lumière.

Le « détective » est un modèle d’appareil photo, de marque « Murer’s Express » (fin XIXe-début XXe siècles). Jenny de Vasson a travaillé avec cinq appareils photographiques à plaques ou à pellicules : un Kodak, deux appareils équipés d’objectifs Steinheil, un appareil stéréoscopique et un cinquième modèle qu’elle avoue (en juin 1916) avoir mal maîtrisé.

- Entre 1914 et 1918, connaissant la valeur intrinsèque d’une photographie, substitut destiné à combler momentanément l’absence, Jenny de Vasson met son talent au service de la population des villages alentours qui va ainsi défiler à Varennes (cf indice visuel n° 1) : pour les soldats, elle tire les portraits de leurs parents et de leurs épouses ; pour les familles qui restent, elle fixe l’image des jeunes appelés. Pérennisant ainsi les visages des êtres chers, ces portraits atténuent la douleur de la séparation. Elle donne les portraits des soldats qui partent au front à leurs proches et, au contraire, les portraits de familles aux soldats pour qu’ils les emmènent avec eux. Patriote, ayant longtemps rêvé du retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France, elle soutient de toutes ses forces les soldats de la Grande Guerre, écrivant sans cesse à ses amis engagés dans les combats, les recevant dans le Berry lors de leurs permissions ou en convalescence lorsqu’ils ont été blessés, accueillant leurs familles repliées des régions occupées. Sa sollicitude s’étend bien sûr aux soldats du Berry et à leurs proches auxquels elle apporte si nécessaire des secours.

- Elle est aujourd’hui célèbre dans le domaine de la photographie.